Traitement de la tuberculose et vidéo

VOT: une approche innovante du traitement supervisé de la tuberculose est mise en place et évaluée par la LPGe

Le suivi de la prise de médicaments antituberculeux par vidéo représente un recours intéressant aux nouvelles technologies qui s'inscrit dans les soucis d'innovation dans les prises en charge de la Ligue pulmonaire genevoise.

La tuberculose touche chaque année environ 10 millions de personnes dans le monde, et cause 1.4 million de décès par an (OMS, 2021). En Suisse, la tuberculose touche entre 375 et 562 cas de tuberculose/an (OFSP, 2011-20). La majorité des cas surviennent chez des personnes nées en dehors de Suisse (77%); 25% des sujets sont dits "du domaine de l’asile" (requérants). A Genève, entre 40 et 70 cas sont déclarés chaque année (2011-20, OFSP, 2021). Plus de 95% des cas de tuberculose à Genève sont suivis par le Centre antituberculeux (Service de pneumologie, HUG), en collaboration avec l’équipe infirmière de la Ligue pulmonaire genevoise (LPGE).

 

En dépit de progrès remarquables dans le diagnostic de la tuberculose depuis l’avènement des tests PCR (Polymerase Chain Reaction testing), le traitement de la tuberculose reste long (6 à 12 mois), et fastidieux (4 médicaments pendant 2 mois, puis 2 pendant 4 à 10 mois). L’observance au traitement est une préoccupation majeure pour 1) éviter une rechute ou un échec de traitement et 2) éviter de générer de nouveaux cas de tuberculose résistante aux antibiotiques.

 

Suivant les recommandations de l’OMS, notre stratégie jusqu’ici a été de proposer, par défaut, un traitement en DOT (Directly Observed Therapy). Ceci peut se faire de 3 manières: 1) le patient se rend au Centre antituberculeux plusieurs fois par semaine pour prendre son traitement sous supervision infirmière; 2) la DOT est prodiguée, de la même manière, par une pharmacie; 3) rarement, les prestataires de soins à domicile peuvent intervenir.

 

Bien qu’ayant fait ses preuves sur l’adhérence au traitement, la D.O.T est contraignante sur le plan logistique (il faut assurer la présence de soignants sur des plages horaires flexibles pour superviser le traitement). De plus, pour le patient, la DOT peut être vécue comme stigmatisante, et comme l’expression d’un manque de confiance.

 

Depuis 2016, plusieurs centres ont expérimenté différentes approches de DOT à distance, en utilisant des téléphones portables et des plateformes informatiques sécurisées, ceci dans des pays industrialisés ou émergeants, avec des résultats très positifs. Les systèmes sont soit « synchrones » (le patient appelle le centre et prend son traitement sous l’observation visuelle d’un soignant en temps réel), soit "asynchrones": le patient peut enregistrer sa vidéo et un message aux soignants à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit et elle peut être vue selon les disponibilités de l’équipe soignante.  Les modalités d’enregistrement des vidéos sont précisées et convenues avec les patients de manière à ce que le contrôle soit aussi fiable que possible. 

 

Cette approche représente un gain de temps pour le patient, protège en partie contre la stigmatisation (l’enregistrement se fait seul, où on veut, sans témoin) et permet de laisser des messages aux soignants en cas de symptômes liés à la maladie ou au traitement

 

L’intérêt de la VOT (Video observed therapy) a été démontré notamment en Grande Bretagne, dans un travail multicentrique portant sur 226 patients (58% précarisés, SDF, ou avec des problèmes d’abus de substance) randomisés en DOT vs VOT. Plus de 70% des patients ont accepté la VOT d’emblée (contre < 50% pour la DOT). L’objectif primaire était de parvenir à 80% de prises de médicament supervisées pendant les 2 premiers mois. Les résultats étaient nettement en faveur de la VOT (70% vs. 31%). Un travail effectué en Bielorussie (Minsk), récemment présenté par Dre A. Skrahina à la Journée annuelle de la Tuberculose (Ligue Pulmonaire Suisse, Macolin, 27.03.2019), a montré l’intérêt de cette technique dans le traitement des formes multi résistantes de tuberculose. 

 

Parmi les plateformes disponibles, SurAdhere (San Diego, California, www.sureadhere.com) est la plus aboutie et a l’avantage d’avoir été testée dans plusieurs pays d’Europe (Grande Bretagne, Irlande) et aux USA. 

 

La Ligue Pulmonaire Genevoise et le Service de pneumologie des HUG ont donc entrepris tout d’abord une étude pilote de faisabilité (dont les résultats encourageants ont été présentés à la rencontre annuelle de la Société Suisse de Pneumologie, septembre 2021), puis la mise en place de cette prestation à Genève, dans le cadre d’une étude acceptée par la commission d’éthique de la recherche sur l’être humain (CCER). Notre objectif est que l’implémentation de la VOT par la LPGE et le Service de pneumologie des HUG à Genève puisse servir de tremplin à une extension de cette prestation au niveau national, tout en documentant de manière rigoureuse l’acceptabilité et la faisabilité de cette technique tant pour les patients, que pour les soignants. 

 

Dans le prolongement de la phase pilote, le travail effectif débutera avant la fin de l'année 2021.

 

Prof. Jean-Paul Janssens, Prof. Anne Bergeron, Prof. Paola Gasche, Bernard Meier